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Abstention à la marche29/12/2015

Je ne suis pas allé voter pour les dernières élections régionales. D'après les médias et la pensée commune, je suis donc nécessairement un p*t**n d'irresponsable hautement coupable de la montée du Front de la haine, un mauvais patriote et un ennemi de la démocratie qu'il faudrait conduire à l'échaffaud. Mais si le véritable ennemi de la démocratie, ce n'était pas justement la situation engendrée par le fonctionnement de ce scrutin comme de tous ceux de ces dernières années et l'inertie de la pensée politique qui pousse les citoyens à perpétuer les même schémas comme des traditions sacrées sans les remettre en question?

Le vote blanc

On a en France un gros problème avec la façon dont on considère le vote blanc et l'abstentionisme - ou plutôt avec la façon dont on ne les considère pas en leur donnant tout juste l'importance d'un pet de mouche dans une tempête de sable.

Si on en croit les médias et, d'après ce que je vois autour de moi, beaucoup de citoyens, les votants blancs sont des indécis qui laissent les autres prendre les décisions à leur place et les abstentionistes des fainéants ou des irresponsables je-m-en-foutistes sans conscience politique qui ne méritent pas d'ouvrir leur gueule une fois les élections passés. Bref, une belle bande de branleurs à qui on offre sans hésitation la couronne de meilleurs boucs émissaires de l'année.

Dans le même temps, on néglige complètement (ou on occulte délibérément) les revendications que ces actions politiques sont sensé manifester en retirant purement et simplement les votes blancs, nuls et les abstentions du mode de calcul des résultats comme s'ils n'avaient aucun valeur, aucun sens politique. Permettez-moi de dire qu'il est proprement scandaleux qu'un vote blanc ne soit pas considéré comme un suffrage exprimé. Pourquoi, me demanderez-vous, alors que voter blanc est présenté comme la marque d'une indécision et par conséquent d'une acception du résultat choisi par les autres? Et bien parce que pour moi, voter blanc signifie que les partis en lice n'ont pas su convaincre, qu'aucun des dirigeants proposés ne nous représente, et qu'on exprime avec les outils disponibles le souhait de voir enfin émerger une alternative qui nous ressemble. Cette donnée devrait donc logiquement apparaître clairement dans le résultat pour nuancer la légitimité des élus. Le vote blanc devrait avoir pour valeur ceux qu'on nous propose ne nous ressemblent plus, il faudrait réfléchir à autre chose et non choisissez pour moi, je m'en fiche pas mal. Or cette information ne nous est jamais présentée malgré son importance capitale. A ce compte là, comment blâmer les gens qui ne vont pas voter quand un moyen qui devrait être prévu pour manifester un désaccord et exprimer le souhait d'un changement plus général est rendu complètement inutile? Ce procédé est à mon sens purement anti-démocratique.

De même, l'abstention n'est pas nécessairement la preuve d'un désintérêt coupable. C'est plutôt la marque d'un raz-le-bol général, d'un dégoût de l'attitude des politiques voire d'un désaveu du système de scrutin dans sa globalité. Pour beaucoup, l'abstentionisme est un acte militant chargé de sens, signifiant que cette façon de procéder ne correspond plus aux attentes et aux besoin du peuple, que l'on souhaite briser le statu quo entretenu par les urnes. Et pourquoi continuer à participer à ce qu'on considère comme une grande mascarade dénuée de sens dans laquelle on sait qu'on ne sera jamais représenté?

Si on analyse les résultats d'un point de vue plus large, en fin de compte, le vrai résultat de ces élection, c'est que la majorité des français a voté pour une réforme du système actuel et a rejeté de manière explicite les élus qui pourtant fêtent une victoire fictive.

La loi du moins pire nous conduira au pire

Cela fait déjà des années que les élections nous cantonnent à choisir pour le moins pire. Avec cette attitude, on se tire une balle dans le pieds et on attire les mouches qui viennent pondre leurs idées moyen-âgeuse dans la plaie infectée. En choisissant de voter contre le FN (et donc en faveur d'autres partis que pourtant on n'aurait pas envie de voir élus si on avait de vraies alternatives) dans le simple objectif de bloquer l'accès aux responsabilités de ce parti, on maintient au pouvoir des gens médiocres en leur donnant une légitimité électorale. On vote pour des crétins pour bloquer des débiles. Car les élus actuels  ne doivent finalement leur salut qu'à la présence de la famille Le Pen, à l'absence d'alternative crédible et à l'immobilisme du système électoral. Mais qu'est-ce que cela engendre? Comme ils sont élus démocratiquement, il se pensent légitimes et, sans se poser de questions, font perdurer leurs méthodes qui exaspèrent les français, qu'il s'agisse de la droite comme de la gauche d'ailleurs. Oh, ils nous sortent bien de beaux discours à la sauce je vous ai compris, mais dans les faits, il restructurent leur parti d'un point de vue formel pour faire bonne figure, changent de nom, et nous ressortent la même bouillie dont ils nous gavent jusqu'à écoeurement depuis des années, tentant d'étouffer tant bien que mal les scandales à répétition.

La conséquence de cette loi du moins pire? Excessivement simple. Aux élections suivantes, les gens, exaspérés par leurs responsables qu'ils n'ont pas véritablement choisis et devant l'impossibilité d'exprimer leur mécontentement à travers le système électoral, finissent par voter pour les extrêmes par dépit ou se détournent purement et simplement de l'illusion de choix fournie par les élections. Le FN passe de nouveau au second tour, tout le monde crie au sursaut républicain, on vote de nouveau par défaut, les mêmes guignols se retrouvent au pouvoir, et c'est reparti pour un tour de ce risible manège qui, élection après élection, gangrène la démocratie.

Finalement, la meilleure chose qui pourrait arriver serait peut-être l'arrivée du FN au pouvoir. Des actions de contestation s'élèveraient un peu partout en France, l'état, bien content de pouvoir utiliser toutes les forces armées comme sa propre milice s'en donnerait à coeur joie, les mesures gouvernementales ne manqueraient pas d'attiser les tensions et un superbe chaos s'élèverait de ce climat de haine. Beaucoup de choses voleraient en éclat dans la douleur, mais peut-être que des cendres pourraient émerger quelque chose de nouveau et de plus bénéfique, et débloquer ainsi la situation?

Pour prévenir la gangrène, il faut amputer

En maintenant ce cycle stupide, on élimine donc toute chance de voir de nouvelles alternatives apparaître. Les élections sont écrites à l'avance: on continuera à être déçus par le parti qu'on aura mis au pouvoir par défaut, jusqu'au jour où le FN y accèdera du fait d'une accumulation inévitable de frustrations. Voter n'a finalement plus de sens dans la situation actuelle, complètement bloquée. Le vote ne veut plus rien dire car on n'a plus rien de satisfaisant à nous proposer et le scrutin ne nous permet d'exprimer le souhait de choses nouvelles ou de proposer nos idées. Les citoyens changent, leurs besoins aussi, mais les politiques restent les même par la faute d'un système électoral biaisé élevé au rang de devoir sacré et jamais remis en question bien qu'il soit au coeur du problème.

Il est nécessaire de voir les choses bouger. Le mode de scrutin, voire notre système démocratique dans son ensemble, doit être revu pour véritablement prendre en considération la voie des électeurs. On pourrait aussi envisager que les politiques se remettent en question pour redonner du sens aux élections, mais pour ça, je ne me fais aucune illusion tant cette classe égoïste est (d'une manière générale) uniforme et animée d'une inertie dont elle semble ne jamais pouvoir se départir.

La démocratie, c'est la souveraineté du peuple. Avec la politique actuelle, le peuple est forcé de choisir entre des options qui ne lui ressemblent pas mais qui, entre elles, se ressemblent finalement toutes. Le peuple n'est donc plus souverain. Il est forcé de légitimer ce qu'on veut bien lui proposer en lui donnant l'illusion de s'exprimer par les élections. Nous avons donc plus que jamais besoin d'une démocratie plus directe, où nos idées puissent s'exprimer de manière efficace sans être rendues inaudibles tel qu'actuellement par la combinaison d'un mode de scrutin lui-même partial et d'un panel d'options uniforme et dépassé. Le sursaut ne viendra pas de types hypocrites en costard qui s'écharpent régulièrement autour d'une table de débats pour savoir comment l'un va pouvoir défaire l'autre ou qui est le plus responsable de la montée de la haine. Le sursaut viendra de nous autres citoyens. J'avoue ne pas exactement savoir comment, j'avoue ne pas savoir quelle sera la conclusion de tout ça, mais j'ai l'intime conviction que le système actuel est voué à l'échec et que l'avenir ne pourra venir que de nous autres via un système véritablement participatif - et qu'il ne sortira pas des urnes.

Nota benêt: cet article n'est que l'expression d'un ressenti (cependant bien réfléchi) sur la situation actuelle. Pour des arguments plus structurés et argumentés, je vous redirige notamment sur les deux vidéos suivantes qui proposent un éclairage plus complet sur le problème. Je remercie au passage certains de mes contacts FB par lesquels j'ai pu prendre connaissance de ces documents.

Pour aller plus loin:

- Vidéo "Je ne vote pas, pourquoi?" de la chaîne DOXA

- Documentaire "J'ai pas voté"

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