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Du sang sous le sapin12/12/2015

Les fêtes arrivent à grand pas, familles et amis vont se réunir et festoyer gaiement dans la joie et la bonne humeur. Un moment de bonheur et de bien-être universel. Ou presque. Car pour que certains se régalent dans l'opulence, d'autres paient de leur vie le coût de notre bonheur. Si le rouge est la couleur de Noël, il représente sans doute le sang des millions d'animaux torturés pour la satisfaction de nos papilles et sacrifiés au nom de la tradition, pour célébrer l'avènement du fils d'un dieu né pour apporter humilité et miséricorde au monde. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a sacrément foiré son coup.

Tous ensemble... mais pas trop

Je suis conscient qu'une grande majorité de personnes seraient choquées par mes propos. Et pourtant, lorsqu'on a suffisamment ouvert son esprit pour admettre dans toute l'ampleur de sa réalité ce que l'on sait déjà, l'évidence crève les yeux. Célébrer les valeurs festives et altruistes de Noël autour de produits issus de la mort et de la souffrance d'individus sentients a quelque chose d'objectivement malsain, déplacé, obscène. L'emploi de ce mot pourrait paraître exagéré, mais je l'assume entièrement.

Paradoxalement, c'est un discours que j'ai de manière bien plus modérée quand je suis en famille, car je sais que je serai toujours l'exclu idéologique autour de la table. Oh, on respecte ma philosophie, il n'y aucun problème là-dessus et j'en suis très reconnaissant envers mes proches. J'ai droit à mes petits plats personnalisés et je m'en délecte avec plaisir. Cependant, cette attention rentre dans le cadre de l'amour familial mais n'a que peu de considération éthique. Ils le font pour moi, pour ne pas m'exclure physiquement de la tablée. Mais dans l'esprit, je reste en marge et je tente de ne pas trop grimacer face à ce qui apparait pour moi comme une mise en scène macabre. C'est ce qui est finalement terrible pour nous autres dans un monde non-vegan: que ce qui est décrit comme nos choix soit respecté pour nous-même n'est finalement qu'une bien triste consolation, voire un aveu d'échec quand nos proches nous disent parfaitement comprendre notre point de vue tout en se préparant une tartine de foie gras ou d'oeufs de poisson.

Mais il ne s'agit pas de nos choix. Il ne s'agit pas de plaider pour que nous ayons nous un plat qui convienne à notre philosophie. Nous plaidons pour stopper le massacre et l'exploitation des animaux, pas pour nous trouver une petite place tranquille dans la société actuelle. Alors j'aimerais dire à tous ceux qui vont passer Noël ou le réveillon avec une personne végane: ne réfléchissez pas à ce que vous pourriez lui faire à manger à la place de. On s'en balance. Réfléchissez plutôt à pourquoi cette personne a pris cette voie. Ne réfléchissez pas à propos d'elle, de votre relation avec cette personne, réfléchissez à propos de vous-même, de ce que vous consommez et de ce que ça implique.

Reconsidérez la question sous un angle différent. La conséquence sous-jacente au véganisme ne doit pas être une conséquence d'exclusion, mais une idée de rassemblement. Tout le monde peut manger vegan. Que l'on suit juif, musulman, chrétien, végétarien, tout le monde partage la même assiette. Tout le monde en tire les bénéfices, les convives comme les individus dont la vie a été épargnée. N'est-ce pas là le véritable sens de Noël? Le rassemblement, le respect de tous dans ce qu'il y a de plus fondamental et la célébration de la vie?

Si vous en doutez encore, ou si vous pensez que tout ça est exagéré, alors soyez honnête avec vous-même et rafraîchissez-vous la mémoire avec ces quelques liens.

- Le foix gras, côté coulisses

- Les oeufs de caille, un petit plus très cher payé

- Noël en images, pour tout savoir

Sacré Noël

On n'a d'autre justification pour expliquer la présence de ces produits sur la table du réveillon que la tradition et le plaisir personnel qu'ils nous procurent. Les mêmes arguments qui sont, par ailleurs, avancés par les aficionados pour la corrida. Prendre du plaisir en assistant à la mise à mort sanglante d'un taureau ou en goûtant le foie d'un animal torturé par procuration n'a finalement que peu de différence - sinon que le sadisme (descriptif du fait de prendre du plaisir à voir ou infliger la souffrance) n'est pas présent dans la dégustation du foie gras où l'on se cache derrière la distance qui nous sépare de l'acte de cruauté. Dans les deux cas, les gens savent ce qu'implique leur pratique ou leur consommation. Et dans les deux cas, les gens pourraient s'arrêter sans conséquence aucune. Mais dans les deux cas, on refuse de changer et on préfère se mentir en se convainquant d'arguments falacieux (mon foie gras est fait maison et vient d'un élevage bio, par exemple) pour ne pas quitter notre zone de confort.

Il est d'ailleurs tout à fait étonnant de voir des amateurs de foie gras s'offusquer de la corrida ou crier au scandale quant à la chasse baleinière ou les massacres de dauphins. Quelle différence? La souffrance est sans doute plus longue et terrible pour le foie gras. Mais notre propre position et notre aveuglement face à ce qui nous touche directement nous pousse à cacher ce qui est juste devant nous poour condamner ce que font les autres plus loin. Mais nous devons accepter la réalité telle qu'elle est et l'assumer en prenant les décisions qui s'imposent naturellement.

Bouffe et joie de vivre

Au début de mon investissement pour la cause animale, j'avais tendance à dire que le plus important à Noël, c'est l'esprit de fête, le fait de se retrouver et de passer un bon moment ensemble, en faisant passer la nourriture au second plan pour dédramatiser l'absence de foie gras, de dinde aux marrons et autres produits d'origine animale. Aujourd'hui, je changerai un peu mon discours. Certes, l'important reste toujours, je pense, la communion et l'esprit de fête, mais bordel, y a de quoi se remplir la paillasse avec des dizaines de recettes qui déchirent le bide! Alors pourquoi ne pas sortir de nos traditions sanglantes et se tourner vers des repas festifs, chaleureux et synonymes de joie de vivre pour vraiment tout le monde? Les recettes ne manquent pas! En voici quelques-une déjà testées pour se lancer:

- Du bon faux-gras, garanti sans stéatose épathique (testé et approuvé l'an dernier)

- Des oeufs de poisson avec la même texture dégueulasse et la même saveur iodée que les vrais! (testé aussi)

- Un roti de dinde qui déboîte des chaumières (testé et sur-approuvé l'an dernier)

Et beaucoup d'autres sur le blog Antigone XXI ou sur 100% Végétal par exemple. Ou tout simplement en tapant n'importe quelle nom de plat suivi du mot vegan dans google!

Alors cette année, sortons de nos traditions un peu archaïques et agissons!

Avec un repas vegan, il n'y a que des gagnants!

I see dead things21/07/2014

I see dead things, ou le sacrifice social du vegan

Devenir vegan constitue un véritable sacrifice. Mais ce n'est pas un sacrifice alimentaire, ni gustatif, comme beaucoup le pensent et l’utilisent comme excuse pour ne pas franchir le pas.  La viande, on s'en passe s'en problème. Le lait, le fromage et les oeufs aussi. Quant à la cuisine, on peut tout réaliser – absolument tout – sans oeufs, lait ou beurre. Lors de mes expériences culinaires garanties sans souffrance, j'ai d'ailleurs été étonné de constater à quel point les produits d'origine animale sont complètement dispensables et remplaçables. Et je ne parle pas de substituts “chimiques”, mais bien de solutions tout à fait naturelles (une banane écrasée pour remplacer des œufs dans un gâteau, par exemple). Bref, être vegan, ce n'est absolument pas un sacrifice alimentaire, mais ça demande en revanche de nombreuses concessions sur le plan social, ça implique de se retrouver parfois coincé dans des situations que l'on a tendance à éviter comme la peste en temps normal et d'accepter de vivre avec l'impression constante de vivre en enfer. Devenir vegan, c'est se ranger volontairement en marge de la société, de ses habitudes et de ses conventions les plus ancrées, de ses piliers les plus solides, en particulier le consumérisme aveugle et désengagé. C'est s'attirer la crédulité de certains, l'incompréhension d'autres et le mépris de beaucoup, parfois même de ses proches. Être vegan, c'est ne plus être normal aux yeux du monde - ou plus exactement c'est réaliser que le monde n'a rien (vraiment rien) de normal. Enfin être vegan, c'est ouvrir les yeux sans pouvoir les refermer sur une réalité qui relève du cauchemar, de voir derrière chaque chose toutes les souffrances et la mort qui ont été engendrés pour sa conception. Bref, la malédiction du vegan, c'est de voir des choses mortes et d'être le seul à s'en rendre compte.

Le sixième sens du vegan

Etre vegan, ça signifie généralement qu’on a acquis un nouveau sens, une vision extra-sensorielle, une vision aux rayons X  (comme on le lit souvent dans les livres ou blogs sur le sujet) qui nous permet de voir plus loin qu’une simple pièce de viande, un œuf, ou un verre de lait. A chaque fois que notre regard se pose sur une tranche de bacon, on voit un animal entravé, gavé de médicaments et de granulés industriels, malade et souffrant. On assiste à son calvaire à l’abattoir, les violences, l’assommage raté, l’animal qui se débat en hurlant lorsqu’on l’égorge, le saigne, lui coupe les membres. On voit son corps s’ouvrir, sa peau s’arracher, ses tripes se répandre sur le sol dans un grand « floc » répugnant, à peine masqué par ses hurlements de douleur et de terreur. On croise son regard accusateur qui nous transperce l’âme alors que la vie quitte son corps dans une dernière souffrance indescriptible. Et cette vision est encore plus forte lorsqu'on a déjà assisté soi-même à la torture et à l'exécution d'animaux. Alors certes, je n'ai jamais vu de vache ou de poulet se faire égorger, mais qu'est-ce que Taiji, sinon un grand abattoir de mammifères à ciel ouvert? Il y a une part de Taiji dans chaque pièce de viande, dans chaque tranche de jambon, dans chaque aile de poulet.

Lorsqu’on voit quelqu’un manger cette tranche de bacon, on voit un individu perpétrer (par procuration) le meurtre ultime, contribuant sans le savoir – ou en décidant sciemment de l’ignorer - au plus grand massacre de toute l’histoire de notre planète et y prendre du plaisir. Ca me donne envie de hurler, de lui dire d’arrêter, de me prendre la tête entre les mains et de chasser ces visions cauchemardesques de mon esprit. Mais je ne peux pas. Je ne peux me cacher de la réalité une fois que je l'ai acceptée, elle revient sans cesse me hanter je dois lui laisser une place dans un coin de ma tête et tâcher de vivre avec. Mais cela, non-vegan, vous ne pouvez le comprendre: le veganisme ouvre une porte qu’on ne peut plus refermer et par laquelle s'engouffrent tous les démons qui minent notre société - ou plutôt, le véganisme est la conséquence de l'ouverture de cette porte.

Parfois, cette personne que l’on voit baigner dans les tripes et le sang le couteau à la main, heureuse face à sa pièce de viande, c’est notre meilleur ami, notre mère, notre frère, peut-être même pour certains notre compagne ou notre compagnon. Alors on fait comme si de rien n’était, par amour ou par attachement, acceptant en silence et pleurant intérieurement pour cet animal, partagé entre une rage libératrice et un profond désespoir, en mal avec notre conscience.

Non-végétariens, lorsque vous mangez un morceau de viande sous notre nez, ne vous imaginez pas que ça ne nous fait rien. Et si parfois on ne dit rien, c’est par affection, par extrême lassitude, ou par dépit parce qu'on sait qu'on ne sera pas compris. Mais au fond de nous, nous hurlons à nous en déchirer la trachée.

Oh, un bout de cadavre, trop mort de rire!

Beaucoup de non-vegans pensant donc que voir de la viande ne nous pose pas spécialement de problème tant qu'on ne la mange pas, il leur arrive parfois de nous taquiner en agitant par exemple une tranche de jambon sous notre nez et en gémissant ironiquement "oh un bout de cadavre" ou autres petites piques prétenduement amicales. Et bien figurez-vous que ce n'est pas drôle. Pas drôle du tout même. Pire, c'est la plus grande démonstration de mépris et de dénégation de nos convictions les plus profondes. Vous ne saisissez pas ce que je veux dire? Transposons. Imaginez que, ému à vous en rendre malade pour une cause, vous ayiez décidé de vous engager à corps perdu dans la lutte contre un génocide quelque part dans le monde (prenez votre temps, vous avez l'embaras du choix), qu'au cours d'une des missions que vous avez entreprises au prix de nombreux sacrifices, vous trouviez le cadavre mutilé d'un jeune enfant, symbole de l'horreur contre laquelle vous luttez, que l'un de vos amis le ramasse, le fasse bouger sous votre nez comme une marionette désarticulée en beuglant "oh la la, je me suis fait génocider ma tête, heureusement {insérez votre nom ici} viendra me sauver!" avant de le rejeter dans les ordures en riant. Puis de dire, devant votre tête dépitée "roooh, ça va, on s'amuse!" Vous saisissez?

Le véganisme ce n'est pas une mode, un petite passade temporaire, un caprice d'ado. Quand on est vegan, c'est qu'on a décidé de s'engager dans un vrai combat, cruel, âpre, qui nous pousse à voir les choses que tout le monde refuse de regarder, à accepter les vérités que tout le monde ignore par pure commodité, à nous attirer l'incompréhension de la majorité qui continue à se comporter devant nous comme si "une tranche de jambon ce n'est pas si grave". Mais si c'est si grave. Bien sûr que si c'est si grave. C'est le produit du plus grand et du plus horrible massacre de masse de toute l'histoire du monde connu.

Entendons-nous bien, je suis prêt à rire du véganisme, enclin à l'autodérision, voire même à un peu d'humour noir. Mais uniquement avec des  personnes qui suivent le même combat ou qui ont prouvé qu'elles en avaient une compréhension fondamentale, au delà du simple "je te respecte mais je ne pourrais pas" ou "c'est bien ce que tu fais". On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. Et comme on ne peut pas rire du racisme avec un partisan d'extrême droite, on ne peut pas vraiment rire du véganisme avec quelqu'un qui ne l'est pas.

On t’admire, mais on ne pourrait pas

Dans le cercle restreint de la famille et des amis, le passage au véganisme s’accompagne nécessairement d’une série de questions, d’inquiétudes et de critiques qui se renouvellent à chaque fois que l'on reçoit des invités ou qu'on se rend à un repas – et même ceux avec qui on a déjà eu l’occasion d’aborder le sujet en remettent parfois une couche. Il y a les éternelles inquiétudes sur les protéines et autres considérations nutritives qu’il faut démonter, les réflexions sur le lait et les œufs qui soit-disant seraient une production sans souffrance, auxquelles il faut répondre en expliquant une énième fois que oui, les œufs et le lait, ça torture et ça tue tout autant que la viande, ainsi que les habituelles critiques gratuites et sans queue ni tête sur les animaux c’est bien beau, mais la fôret amazonienne ?  (ou les enfants d’Afrique, suivant les affinités) qu'il faut renvoyer en rappelant que l'élevage contribue grandement à ces problèmes (et oui).

Outre le fait que devoir se justifier constamment peut devenir fatiguant (bien que ce soit toujours important et motivant d’expliquer son point de vue, d'essayer d'exprimer ce que l'on ressent), il est surtout pesant de ne plus se sentir en phase avec sa famille et ses amis sur quelque chose d’aussi fondamental que notre rapport à la vie et aux autres, et donc à la société, de voir toutes ces choses qui nous semblent évidentes à partir du moment où on vous les pointe du doigt alors que personne ne semble les remarquer même quand on leur colle le nez dessus. Et les je t’admire mais je ne pourrais pas ou je respecte et je comprends ton combat ne sont d’aucun réconfort. Non, vous ne comprenez pas. Si vous compreniez réellement, si vous voyiez tout ce que je vois, vous auriez franchi le pas, comme je l’ai fait ! On ne peut pas comprendre et ne pas réagir, à moins de n’avoir aucune compassion et de se ficher complètement de l'avenir de la planète. Si vous n'agissez pas, c'est que vous ne comprenez pas, que cette porte ne s'est pas ouverte, que vous n'avez pas développé ce sixième sens.

Bon, on va manger où ?

Avant, les sorties entre amis ou les repas avec les collègues, c’était sans se poser la moindre question, le cœur léger et l’esprit tranquille. Maintenant, à la moindre sortie et dès que la fameuse question on va manger où ? se pose, j’en ai des sueurs froides. Et s’ils choisissent un endroit où il n’y a rien de vegan et que je pose une objection, vais-je avoir l’air d’un emmerdeur ?  Si j’y vais quand même, mais que je ne prends rien, vais-je avoir l’air d’un trouble fête ? Si je décide d'aller manger ailleurs tout seul, ne vont-ils pas insinuer que les vegans sont des gens tristes et déprimants qui n'aiment pas s'amuser? Et si je suggère d’aller dans un restaurant végétarien, ne vont-ils pas me lapider en place publique en m'accusant d'ête un ayatolah qui veut imposer sa vision?

Quand enfin je finis par me retrouver devant mon assiette de légumes bouillis, entouré des steaks, entrecôtes et autres parties du corps qui trônent dans les assiettes de mes compagnons de table, je me sens coupable de ne rien dire, j'ai l’impression de trahir ces animaux, de renier mes convictions. Mais que faire ? Se lancer dans un exposé imagé des conséquences de l’élevage sur l’environnement et les animaux ? Refuser tout simplement de manger avec des non-végétariens et donc se séparer de ses amis ? Faire comme si de rien n'était et rester avec ce sentiment de trahison qui prend à la gorge et noue l'estomac? Ce dilemme se pose à chaque fois, et je ne suis pas sûr qu'il y ait de réponse parfaite. Toutes ont leur retour de bâton, leur contrecoup violent. Certains me diront y a pas à réfléchir, si tu es un vrai vegan, tu n’as pas à fréquenter des bouffeurs de cadavre. Certes, mais on ne convertira personne en se retrouvant entre nous, en s’asseyant en rond et en bouffant nos salades au tofu en maudissant les non-vegan pour leurs coupables exactions. D’un autre côté, on ne convertira personne non plus si on ne dis rien de ses convictions et qu’on se contente de faire profil bas. Il y a sans doute un juste milieu à trouver, mais cette question me hante à chaque fois. C'est un choix - ou plutôt une absence de choix - permanent, comme une épée de Damoclès dont la pointe commence déjà à entailler le sommet de notre crâne et l'incise un peu plus profondément chaque jour.

Sur le fil

Ne le cachons pas : se sentir un peu en marge, avoir l’impression de ne pas être compris de la masse des consommateurs lambda, a quelque chose de gratifiant, voire d’excitant. Mais lorsqu’il est question des relations les plus proches, familles, amis, amants, je me retrouve poussé sur le fil du rasoir, partagé entre ma profonde conviction et le risque de briser les liens avec mon entourage - dont paradoxalement j'ai besoin du soutien. Je voudrais qu'ils voient les choses comme je les vois, qu’ils ouvrent les yeux et que nous puissions partager le même combat, se soutenir mutuellement face à cet enfer qui s'est révélé à moi et m'entoure à chaque instant. Mais souvent, je n’ose pas et je n’en dis rien, par peur de blesser, par dépit parce que j'ai déjà essayé et que ça semble perdu d'avance, ou bien parce que je sens que je n'ai plus le courage de supporter les habituelles réflexions de mauvaise fois. Je vis donc avec cette malédiction, cette porte ouverte sur mon esprit, sans pouvoir surmonter cet afflux d'atrocité avec mes proches qui ne le ressentent pas.

Nous sommes entourés de choses mortes et personne d'autre ne les voit, telle est la malédiction du vegan.

Toute les images de cet article sont tirées de l'album Shifting Perspective de 269Life

Une histoire d'amour16/06/2014

Autant répondre tout de suite à la première question qui se pose quand quelqu'un découvre que je suis vegan: "Mais... pourquoi?".

Vegan, c'est quoi, une marque de légume?

Avant toute chose, définissons ce que signifie être vegan. D'un point de vue alimentaire,il s'agit d'adopter un régime végétalien, à savoir refuser tout produit qui contient la moindre trace de produit d'origine animale (viande, lait et tous ses dérivés, oeufs, miel, gélatine, etc). Mais c'est plus qu'un choix alimentaire, c'est un choix de vie à part entière. Le véganisme, ça implique aussi refuser le cuir, la laine, la soie, la fourrure, bref, tout ce qui participe à l'exploitation animale, que ça se mange ou non.

Mais pourquoi?

Pour sauver le monde, pardi! Dans mon cas, j'ai commencé à réfléchir à mon style de vie quand j'ai décidé à m'engager en tant que volontaire pour des associations de protection de la nature pour la première fois. Il m'a tout de suite semblé évident que ça n'avait aucun sens de partir au bout du monde sauver des animaux tout en continuant à avoir un bout de muscle ensanglanté dans mon assiette.

Dans un premier temps, comme beaucoup, je me suis dit "bah, si l'animal, a été heureux, c'est pas si grave" (bonjour amis wellfaristes!). Cette période a duré approximativement 10 jours, avant que je me rendre compte à quel point c'était hypocrite. Un meurtre est un meurtre, peu importe combien de temps et dans quelles conditions a vécu la victime. Et tout un tas d'autres raisons que je me ferai une joie d'exposer dans un prochain article dédié. (j'en frémis déjà d'excitation, nyark nyark)

Je suis donc ensuite devenu végétarien. Mais là encore, je me suis rendu compte que ce n'était pas assez, que j'avais toujours un impact très négatif sur la planète et les animaux. Le lait et le fromage contribuent toujours à l'exploitation des vaches, au meurtre des veaux, à la pollution des sols, des mers et de l'air, à la surpêche (si si). L'industrie des oeufs broie vivant des millions de poussins mâles.

Mais malgré toutes ces raisons, j'avais toujours un peu peur des vegans. Il y avait toujours des clichés tenaces. Des extrémistes aigris gavés de salade et bourrés de pilules pour combler leurs carences. Baaah.

Je suis ensuite parti au Japon, un mois en compagnie d'autres volontaires vegans pour la plupart. Des personnes incroyables, en excellente santé, pleines d'énergie, d'humour et de passion, toujours promptes à rire et positiver malgré les difficultés. Tous les clichés se sont effondrés comme l'industrie de la viande le fera dans quelques années. Alors j'ai franchi le pas.

Mais ça doit être chiant de manger tout le temps du tofu...

En rentrant en France, je me suis intéressé de plus près à la cuisine vegan, ma curiosité éveillée par les récits culinaires de mes compagnons de campagne. Et ça a été la révélation, le dieu des fruits et légumes m'est apparu dans toute sa magnificience et mon imagination culinaire a connu un feu d'artifice d'idées de recettes. Aucune privation n'était nécessaire, tout était absolument adaptable. Pizza, quiches, gâteaux, burgers, terrines, quoi que je voulais, je pouvais le faire. En quelques semaines, j'ai cuisiné une pizza avec de la pâte à pain maison, une galette des rois au chocolat, un gâteau banane-chocolat, et même du foie gras vegan et des faux oeufs de poisson pour Noël! Du lait d'amande à la place du lait de vache (c'est encore meilleur en plus de sauver la vie d'un veau), de la margarine végétale à la place du beurre, de la banane écrasée à la place des oeufs pour lier un gâteau... tout est tellement simple!

Ceux qui voient la cuisine vegan comme une cuisine austère basée sur le soja se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'à la cheville. C'est même l'inverse. Il est vrai que les vegans doivent souvent cuisiner car les plats cuisinés vegans sont excessivement rares. Mais justement, les plats n'en sont que plus généreux et savoureux! Un vegan mange mieux, d'un point de vue gustatif et diététique, qu'un individu carniste lambda. Et les fruits et légumes, c'est moins cher que la viande. Tous les clichés sur le prix de la cuisine vegan, c'est du pipeau.

Oui mais, les protéines dans tout ça?

Ha, les protéines. Je me demande si les gens qui mangent de la viande ont dans leur maison une idole cachée à l'éffigie du dieu des protéines qu'ils vénèrent chaque soir après avoir allumé un cierge. Il y a plus de protéines dans les lentilles que dans un steack, bordel! Et dans tout un tas d'autres légumineux et céréales. Pour les autres nutriments, même combat. Tout existe dans certains légumes, céréales ou champignon. Il suffit de manger varié, et il n'y a même pas besoin de faire spécialement attention et de tout noter dans un petit carnet. Je n'ai jamais calculé mes besoins et étudié les tables nutritives de mes aliments, et je me porte comme un charme. Les industriels (et les gouvernements qu'ils composent) nous abreuvent de connerie pour discréditer les régimes végétariens et vegans. Soyons plus intelligents.

En réalité, le seul nutriment qu'il semble impossible de trouver dans la cuisine vegan, c'est la vitamine B12. Du moins c'est ce qu'on peut lire un peu de partout, qu'il fallait prendre des compléments pour cette vitamine. Pourtant, j'ai trouvé sur un paquet de céréales pour petit déjeuner qui s'avéraient être vegan la présence de cette vitamine.

Pas de gélules, que du frais, du sain, du savoureux, du garanti sans violence, 100% animal love. C'est ça, la cuisine vegan!

Mais j'aime trop la viande et le fromage...

Il est impossible de ne pas pouvoir devenir vegan. Il n'y a absolument aucun obstacle, ni au niveau du prix, ni au niveau de la santé, ni au niveau de la variété et de la disponibilité des produits et des recettes possibles. Absolument tout le monde peut devenir vegan et y trouver son plaisir culinaire. Ce n'est qu'une question de choix moral, toute excuse, criconstance atténuante ou tentative de compenser en agissant pour de bonnes oeuvres n'est qu'hypocrisie.

Et si vous vous vous dîtes que vous aimez trop le fromage ou la viande, posez vous la question suivante: qu'est-ce qui est le plus important? Mon goût pour le steack, ou la vie des 70 milliards d'animaux exploités et tués chaque année? Mon amour du camembert, ou la survie de la vie et des hommes sur cette planète?  C'est un choix que vous devez faire, un curseur à placer dans votre propre vie pour définir votre degré d'altruisme et de compassion, et votre propension à faire de minuscules sacrifices pour de grands effets.

Moi j'ai fait le choix de l'amour des animaux, un véritable amour, inconditionnel, sans concession. On ne saurait exploiter, torturer, tuer ou manger ce qu'on aime. L'amour n'a pas de niveaux, pas de degrés. Si vous prétendez aimer les animaux, ne leur faite pas endurer ce que vous ne feriez pas à votre mari, femme, enfant, parent.

Croyez-moi, le véganisme n'est pas un sacrifice. Je suis vegan, et je n'ai pas dit non aux pizza, gâteaux et recettes bien lourdes, je n'ai pas dit non aux (veggie)burgers et aux bières dans les bars metal, je n'ai pas dit non au plaisir et aux sorties.

Je suis vegan et je suis plus heureux que jamais.

A venir: une série d'articles détaillant de manière plus argumentée toutes les raisons qui m'ont conduites à ce choix.

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