Suivez-nous

Liens

Tous pour le loup, surtout pour nous18/01/2016

Il y a quelques jours, j'étais à Lyon pour participer à la manifestation contre l'abattage préventif des loups gracieusement avalisé par notre ô combien concernée ministre de l'écolocide. C'est avec un certain plaisir que j'ai vu la masse compacte qui s'était rassemblée place Bellecour... et avec un dégoût certain que j'ai écouté la plupart des discours des intervenants et entendu certains manifestants exposer leurs points de vue avant le départ du cortège. Petit condensé à chaud des pensées qui m'ont travaillé pendant la manifestation, entre des militants criant leur amour des animaux en grignotant un sandwish jambon-fromage et des associations brandissant leur logo plus fièrement que leurs idéaux.


Tu le vois bien mon logo là? T'es sûr?

Ecologie

Le premier argument avancé, et sans doute le moins méprisable parmi ceux exposés, était celui de l'écologie. Les moins éclairés ne voient dans les loups que des êtres assoiffés de sang (merci la culture populaire et RMC Découverte) toujours en quête d'une proie et qui ne laissent dans leur sillage que mort et carnage. Pourtant le loup, plus qu'un destructeur, est comme la majorité des prédateurs une espèce régulatrice essentielle garante de l'équilibre des écosystèmes: ils assurent la survie de nombreuses espèces et la cohésion des environnements. En régulant les populations de certains herbivores (notamment les ongulés dans le cas du loup), les prédateurs favorisent le maintien ou l'expansion de certains types d'environnements boisés qui peuvent prospérer et accueillir une biodiversité saine et variée (insectes, reptiles, oiseaux, mammifères). Ces environnement renforcent également en s'épanouissant les terrains grâce notamment à leurs racines qui agissent comme l'armature métallique du béton armé et limitent dans une certaine mesure l'érosion, bref, ils assurent la cohésion du paysage tout entier.

L'argument écologique est donc plus que valable et si vraiment nous devions en choisir un, ce serait celui-ci. Cependant, il reste toujours présenté de manière anthropocentrée et intéressée, faisant passer les véritables victimes du massacre en second plan. On veut sauver le loup pour sauver la forêt, la montagne et les pâturages pour que nous puissions continuer à y faire nos randonnées... mais pas pour sauver le loup lui-même.

Culture

Il a aussi été question de culture: le loup fait partie de notre patrimoine culturel. Après tout, que seraient Perrault, Lafontaine, Prokofiev et les frères Grimm sans le loup? Le loup vit dans nos contes, dans nos rêves, notre imaginaire, et il doit être protégé à ce titre, nous a-t-on dit. Car protéger le loup, c'est protéger notre culture. Sauf que c'est cette même culture qui a favorisé l'extermination du loup en le cataloguant grand méchant sans jamais lui donner une chance de s'en défendre et qui a (en partie) conduit à la situation actuelle en l'intégrant comme nuisible dans l'inconscient collectif. Pourquoi alors vouloir sauver le loup au nom de ce qui a contribué à sa perte? C'est un peu comme lutter contre le racisme pour défendre l'héritage de Banania et des pâtisseries tête-de-nègre.

Cet argument est complètement fallacieux, voire intéressé. La présence ou non du loup ne va pas influer de quelque manière que ce soit sur le patrimoine que représentent ces contes. Au mieux, cela va peut-être augmenter l'attrait touristique des lieux où le loup est présent où les touristes pourront se faire un petit frisson lors de leurs promenades en Gévaudan en se remémorant les passages de leurs contes d'enfance. Le protéger pour mieux s'en effrayer, en somme.

Une fois encore cet argument est complètement anthropocentré. On veut sauver le loup pour préserver le frisson que ses histoires nous arrachent. En gros, on réduit le loup à une évocation malsaine dans de vieux contes pour enfants d'un autre âge pour justifier sa protection. Absurde.

Tradition

Ah, la tradition et l'histoire. Ce vieil argument tellement naze qu'on se demande comment, en 2016, on peut encore l'utiliser dans des questions si cruciales. Ces gens qui veulent protéger le loup au nom de la tradition, de sa présence historique et de son retour naturel sont probablement les même qui s'opposent à la corrida en dédaignant son caractère traditionnel et historique. Ce concept même est une absurdité et la question n'est pas de savoir si une vie relève ou nom de l'histoire, relève ou nom de la tradition pour être préservée. Une fois encore, c'est un argument anthropocentré qui réduit l'animal à un à-côté de l'histoire humaine en niant son existence et son intérêt intrinsèques. Et bonjour le discours. Ceux qui militent pour une tradition quelle qu'elle soit n'ont jamais beaucoup d'argument au delà du sempiternel on a toujours fait comme ça ou ses variantes au potentiel argumentaire tout aussi incroyable.

Spiritualité

On a aussi eu droit à un petit discours qui avait vaguement trait à la spiritualité - par Paul Watson d'ailleurs, si mes souvenirs sont bons. Les loups seraient les dieux des chiens et devraient à ce titre être protégés. Peut-être parce que sinon, sans dieux, les chiens se transformeraient en zombies démoniaques prêts à nous déchirer les entrailles pour venger la disparition de leur divinité vénérée? Je n'ai même pas l'impression d'avoir besoin d'épiloguer sur cet argument. Si encore nous étions une tribu amérindienne, pourquoi pas, mais on en est bien loin.

Encore une fois, ramener le débat à des considérations bassement anthropocentrées peut certes motiver des gens à s'engager occasionnellement par goût du frisson, mais ça fait une fois encore passer les massacres en second plan. On se concentre sur nos délires spirituels, et on en oublie l'essentiel: des vies sont en jeu.

Et si on protégeait le loup... pour lui-même, en fait?

(je sais, j'ai parfois des idées complètement déplacées)

Il est toujours agréable et gratifiant de ramener les questions animales à ces raisonnements humanistes. D'autant plus que ces arguments ne nous amènent jamais à nous remettre en question nous-même ni à sortir de notre zone de confort.

L'écologie est un grand principe qui nous permet de nous donner bonne conscience en sortant nos poubelles de tri sélectif ou en changeant nos ampoules pour des basses consommations. On manifeste de temps en temps sans trop d'effort puis on rentre chez soit bien gentiment. L'écologie aujourd'hui est un concept biaisé et profondément hypocrite. Si l'objectif est louable - mieux, indispensable - sa mise en pratique est ridicule. On agite une pancarte verte d'une main, l'opinion publique nous approuve et les médias nous encensent, pour mieux nous pousser à consommer et détruire de l'autre main. De plus, contrairement à l'éthique, l'écologie est un concept tellement flou et malléable qu'on trouve toujours un moyen de l'adapter pour se l'approprier sans véritablement changer.

Ceci étant dit, maintenant qu'on s'est tous bien fait mousser et auto-congratulés en bons écologistes, le loup qui se prend une balle dans le bide et qui agonise pendant que des connards twittent une photo de son cadavre ligoté façon safari du siècle dernier, on en parle quand?

Ethique

La seule vraie question, qui devrait prendre le pas sur toutes ces question anthropocentrées suitant l'égoïsme, devrait être: pourquoi doit-on seulement faire souffrir et tuer ces individus?

Si on ne se pose jamais cette question, c'est qu'on connaît tous la réponse et qu'elle ne nous plait pas. Elle implique de mettre en parallèle les douleurs que nous infligeons à tous les animaux avec nos bénéfices personnels et de briser les barrières fictives qui séparent les animaux sauvages des animaux domestiques et de ceux qui nous consommons. Nous savons pertinemment que nos positions seraient alors complètement incohérentes et éthiquement indéfendables. Mais nous ne voulons rien changer pour ne pas sortir de notre zone de confort. Alors nous préférons éluder la question, chasser l'éthique du pied et la recouvrir par l'écologie, cette couverture bien pratique pour aborder les problèmes qui touchent nos émotions (mais non notre raison) sans prendre le risque de renoncer à aucun de nos privilèges.

Le loup ne doit pas être protégé parce qu'il aide à préserver les environnements dans lesquels on aime se promener. Le loup ne doit pas être protégé parce qu'il apparaît dans les livres de nos enfants. Le loup ne doit pas être protégé parce qu'il est beau et majestueux. Le loup ne doit pas être protégé car sa disparition entraînerait un quelconque manque pour nous.

Le loup, comme tous les autres animaux, doit être protégé et respecté car c'est un individu sensible que nous n'avons aucun droit de torturer, tuer ni exterminer pour le bénéfice (dérisoire qui plus est) de notre espèce.

Commentaires

Commenter

Les champs avec une * sont obligatoires
Pseudo*
eMail*
Site web
Tapez "quarante-deux" en chiffre